Marie-Josée Neuville
Parmi la foule automatique
Dans le métro il me tenait
D'affreux propos pornographiques
Auxquels rien je ne comprenais
En expertise digitale
Une main chercheuse et discrète
Sur ma colonne vertébrale
Tapotait une musiquette
Je savais qu'en cette occurrence
Le mieux était de ne rien dire
Ma mère ayant eu la prudence
En son temps de m'en avertir
Un souffle puissant d'asthmatique
Et malodorant par surcroît
M'obligeait à une gymnastique
Pour m'éloigner du maladroit
À me voir frétiller de la sorte
Une dame en courroux s'écria
"Pour la bagatelle de la porte
Elles sont championnes à cet âge-là"
Je savais qu'en cette occurrence
Le mieux était de ne rien dire
Ma mère ayant eu la prudence
En son temps de m'en avertir
En me retournant sans douceur
Pour insulter le téméraire
Je m'aperçus avec stupeur
Qu'il était presque octogénaire
C'était un barbu abondant
Et le visage débonnaire
Qu'on voit sur les billets d' cinq cents
Lui ressemblait comme un vieux frère
Je compris qu'en cette occurrence
Le mieux était de ne rien dire
Ma mère ayant eu la prudence
En son temps de m'en avertir
Mais au diable les convenances
Que m'enseignait ma maman
Peut-être qu'en cette circonstance
Elle en aurait fait tout autant
J'apostrophai le vieux butor
Avant de franchir la portière
"Souvenez-vous d'Hugo Victor
Relisez l'art d'être grand-père"