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     Le Vieux par François Béranger

    Combien d'entre nous ont vu
    Le vieux qui passe dans la rue
    Épouvantail tout gris
    Que la cité a exclu
    La rue et les gens et le monde
    Vont bien trop vite pour lui
    Dans ses yeux absents d'enfant
    Ne passe que l'effroi du temps

    Pour descendre et remonter
    Six étages d'escaliers
    Il faut l'éternité
    Quelle faute a-t-il pu commettre
    Le vieux tout gris qui traîne
    Ses vieux membres rassis ?

    Combien d'entre nous ont fait
    Quoi que ce soit de palpable
    Un geste, un mot, un sourire
    Pour le raccrocher à nous ?                                                                                               La vieillesse nous fait frémir                                                                                         On ne veut pas croire au pire                                                                                           Nos yeux ne retiennent d'elle                                                                                   Qu'une image irréelle 


    Mon vieux à moi, tous les mois
    Va à tout petits pas
    Empocher sa pension
    Il se ménage au retour
    Un détour insolite
    Chez le glacier du coin

    Quand je serai vieux et tout seul
    Demain ou après demain
    Je voudrais comme celui-là,
    Au moins une fois par mois
    Avec mes sous, si j'en ai
    M'acheter une glace à deux boules
    Et rêver sur leur saveur
    A un monde rempli d'enfants

    Mais peut-être que pour nous
    Nous les vieux de demain
    La vie aura changé
    En s'y prenant maintenant
    Nous-mêmes et sans attendre
    A refaire le présent

    Je donne à ceux qui sourient
    Et qu'ont bien l'droit de sourire
    Rendez-vous dans vingt, trente ans,
    Pour reparler du bon temps.


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  •                                         Georges Brassens

    Notre voisin l’ancêtre était un fier galant
    qui n’emmerdait personne avec sa barbe blanche,
    et quand le bruit courut qu’ ses jours étaient comptés,
    on s’en fut à l’hospice afin de l’assister.
     
    On avait emporté les guitares avec nous
    car devant la musique, il tombait à genoux,
    excepté toutefois les marches militaires
    qu’il écoutait en se tapant le cul par terre. (bis)
     
    Émules de Django, disciples de Crolla,
    toute la fine fleur des cordes était là
    pour offrir à l’ancêtre, en signe d’affection,
    en guise de viatique, une ultime audition. (bis)
     
    Hélas ! les carabins ne les ont pas reçus
    les guitares sont restés à la porte cochère,
    et le dernier concert de l’ancêtre déçu
    ce fut un pot-pourri de cantiques, peu-chère !
     
    Quand nous serons ancêtres
    du côté de Bicêtre.
    pas de musique d’orgue, oh ! non,
    pas de chants liturgiques
    pour qui avale sa chique,
    mais des guitares, cré nom de nom ! (bis)
     
    On avait aporté quelques litres aussi,
    car le bonhomme avait le fièvre de Bercy
    et les soirs de nouba, parole de tavernier,
    à rouler sous la table il était le dernier. (bis)
     
    Saumur, entre-deux-mers, beaujolais, marsala,
    toute la fine fleur de la vigne était là
    pour offrir a l’ancêtre, en signe d'affection,
    en guise de viatique, une ultime libation. (bis)
     
    Hélas ! les carabins ne les ont pas reçus
    les litres sont restés à la porte cochère,
    et le coup de l’étrier de l’ancêtre déçu
    ce fut un grand verre déau bénite, peuchère !
     
    Quand nous serons ancêtres,
    du côté de Bicêtre,
    ne nous faites pas boire, oh ! non,
    de ces eaux minérales,
    bénites ou lustrales,
    mais de bon vin, cré nom de nom ! (bis)
     
    On avait emmené les belles du quartier,
    Car l’ancêtre courait la gueuse volontiers.
    De sa main toujours leste et digne cependant
    il troussait les jupons par n'importe quel temps. (bis)
     
    Depuis Manon Lescaut depuis Dalila
    toute la fine fleur du beau sexe était là
    pour offrir a l’ancêtre, en signe d'affection,
    en guise de viatique, une ultime érection. (bis)
     
    Hélas ! les carabins ne les ont pas reçus
    les belles sont restés à la porte cochère,
    et le dernier froufrou de l’ancêtre déçu
    ce fut celui d’une robe de soeur, peuchère !
     
    Quand nous serons ancêtres,
    du côté de Bicêtre,
    pas d’enfants de Marie, oh ! non,
    Remplacez-nous les nonnes
    par des belles mignonnes
    et qui fument, cré nom de nom ! (bis)

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  •                                  Henri TACHAN "Pas vieillir , pas mourir"

    Je veux avoir le temps d´apprivoiser les mouches, 
    Je veux l´Eternité pour apprendre ta bouche, 
    Je veux voir les saisons minute par minute, 
    Brindille par brindille tout le bois de ma hutte. 
    Je veux, chaque seconde, connaître une habitude, 
    Comme un chien familier, comme la solitude, 
    Je veux me coucher là et n´être pas rentable, 
    Je veux vivre la vie d´une pierre, d´une table, 
    Sans suspense, sans destin, sans crainte, sans dénouement, 
    Je veux avoir le temps de perdre tout mon temps. 

    Je ne veux pas vieillir, je ne veux pas mourir, je n´veux pas! 

    Je veux que tu sois belle et que tu brûles ailleurs, 
    Comme une bête en feu sans que j´aie ni douleur 
    Ni jalousie ni haine ni fierté pour rien, 
    Je ne veux plus, familles, votre orgueil sicilien, 
    Je veux avoir le temps de simplifier nos corps. 
    Cette fille qui passe, il me la faut encore, 

    Cet étranger te plaît mais c´est épidermique, 
    Je veux avoir le temps de comprendre cette musique, 
    Je veux avoir le temps de ne plus avoir mal, 
    Je veux avoir le temps d´être enfin animal. 

    Je ne veux pas vieillir, je ne veux pas mourir, je n´veux pas! 

    Je veux des barricades qui servent à quelque chose, 
    Que près des immortelles, elles vivent, les roses, 
    Je veux que les enfants ne soient plus des victimes, 
    Qu´on raye des dictionnaires "bombarde", "tue", "assassine", 
    Je veux que la Raison n´ait plus droit de cité, 
    Qu´"intelligent", "malin" deviennent inusités, 
    Je veux avoir le temps de faire vingt ans de taule, 
    Cent ans de poésie, mille ans sur ton épaule, 
    Je veux avoir le temps de n'être ni vieux ni sage, 
    Je veux avoir le temps d´être l´idiot du village. 

    Je ne veux pas vieillir, je ne veux pas mourir, je n´veux pas!


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  •                                  Lynda Lemay

    Comment t'as fait maman
    Pour savoir que papa
    Beau temps et mauvais temps
    Il ne partirait pas
    Est-ce que t'en était sûr                                                                                                  Ou si tu savais pas                                                                                                    Est-ce que les déchirures, ça se prévoit


    Comment t'as fait, maman
    Pour trouver le bon gars
    Tu l'as connu comment
    Tu l'as aimé pourquoi
    Est-ce qu'il en avait juste un
    Dans tout le présent siècle
    Et il s'trouve que c'est toi qui dors avec

    [Refrain]
    Comment t'as pu trouver
    Un homme qui n'a pas peur
    Qui promet sans trembler
    Qui aime de tout son cœur
    J'le disais y'a longtemps
    Mais pas d'la même manière
    T'as d'la chance, maman
    Le plus fort c'est mon père

    Comment ça s'fait maman
    Que dans ma vie à moi
    Avec autant d'amants
    Avec autant de choix
    J'n'ai pas encore trouvé
    Un homme comme lui
    Capable d'être ami, père et mari

    Comment t'as fait maman
    Pour lui ouvrir ton cœur
    Sans qu'il parte en courant
    Avec c'que t'as d'meilleur
    Est-ce qu'il a des mots magiques
    Qu'il t'a dit sans s'rendre compte
    Explique-moi donc c'qu'il faudrait que j'raconte

    [Refrain]
    Comment t'as pu trouver
    Un homme qui n'a pas peur
    Qui promet sans trembler
    Qui aime de tout son cœur
    J'le disais y'a longtemps
    Mais pas d'la même manière
    T'as d'la chance, maman
    Le plus fort c'est mon père

    Et quand j'ai l'air d'les aimer
    Les hommes changent de regard
    Si j'ose m'attacher
    Y'se mettent à m'en vouloir
    Si je parle d'avenir
    Ils sont déjà loin derrière
    J'avais raison d'le dire
    Le plus fort c'est mon père
    Vas-tu m'dire maman
    Comment t'as pu savoir
    Dès le commencement
    Qu'c'était pas un trouillard
    Qu'il allait pas s'enfuir
    Et qu'il allait tout faire
    Pour que je puisse dire
    Le plus fort c'est mon père

    Quel effet ça t'a fait
    Quand tu l'as rencontré
    Est-ce que ça paraissait
    Qu'il allait tant t'aimer
    Les hommes bien souvent
    Paraissent extraordinaires
    Mais dis-toi bien maman
    Qu'le plus fort c'est mon père.


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  •                       Henri Tachan

    Ma mère,
    Pourquoi ne m’as-tu jamais donné
    Le câlin chaud, le gros baiser
    Qui vient du fin fond des entrailles?
    Pourquoi, d’un air paisible et doux,
    N’as-tu pas demandé au loup,
    Au croquemitaine, qu’ils s’en aillent?
    Tu sais, je me r’trouve aujourd’hui,
    A trent’ -sept ans, toutes les nuits,
    Encore privé de tes caresses,
    J’ai pas d’mandé à voir le jour
    C’est les parents qui font l’amour
    Et les mères qui font les grossesses...

    Ma mère,
    Tu ne m’as sûr’ment pas voulu
    Mais j’étais là, fragile et nu,
    Les bras tendus comme des branches,
    Un enfant a besoin de tout,
    De feuilles mortes et de toutous,
    Et de tendresse et de dimanches...
    Ah! ces dimanches, auprès de toi,
    A mon retour de l’internat,
    - Dieu! Que la semaine était lente -
    J’aurais voulu que tu me serres
    Tout contre toi, tu sais, ma mère,
    Et qu’on rie tous deux, et qu’on chante!

    Ma mère,
    Comm’ d’autr’s, tu avais tes problèmes,
    Ça doit pas empêcher qu’on s’aime,
    Qu’on ait de l’amour à revendre,
    De l’amour, j’en avais des tonnes
    Bloquées au niveau du sternum,
    Et puis des envies de me pendre
    Tu sais, je me r’trouve aujourd’hui
    Devant les gens, devant la vie,
    Recroquevillé dans ma peur,
    Er quand on s’rencontre un instant,
    On parl’ de la pluie et du temps
    Avec, entre nous, la pudeur!

    Ma mère, Si j’ai fait cett’ petit’ chanson
    C’est que ça ne tournait pas rond
    Dans ma poitrine, c’est que je t’aime,
    Le prochain jour que l’on se voit
    Approche-toi plus près de moi :
    Tu sais, je ne mords pas quand même...
    Il nous reste si peu de temps
    Pour rattraper les heures d’antan,
    Avant que la mort ne nous prenne,
    Pourquoi ne pas boire tous les deux
    Là où boivent les gens heureux,
    Ensemble à la même fontaine?

    Pourquoi ne pas boire tous les deux
    Là où boivent les gens heureux,
    Ensemble à la même fontaine?


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